Ulysse NADOULEK

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dimanche, octobre 23 2011

Ulysse Nadoulek par lui-même

Le projet de ce blog est de compiler mes textes et surtout de vous les présenter. Vos commentaires sont les bienvenus. Ces textes seront de natures assez diverses. Dans un premier temps, le point commun qu’ils auront néanmoins sera leur propension au délire. Ils ne seront ni sérieux, ni légers, simplement étranges. Il me semble que le délire permet d’en dire beaucoup plus, subjectivement, tout en ne disant rien d'objectif, d’avancer à visage masqué en quelque sorte. J’espère que ces délires auront une certaine intelligibilité et une certaine résonance pour le lecteur, ça sera l’enjeu de l’écriture. Le but d’internet n’est pas de s’isoler dans sa masturbation tout de même, je vous invite à vous masturber avec moi, rien que ça !!! Sinon, personnellement je m’appelle Ulysse, j’ai aujourd’hui 21 ans, je vis pour l’instant en Picardie chez mes parents, loin de tout et de tout le monde. Je m’efforce de faire un come-back à paname, en préparant longtemps à l’avance le concours de l’EEP (école des psychologues praticiens), en projetant à moyen terme un déménagement et à court terme d’y faire du sport. Bref, je crois avoir dit l’essentiel, alors à bientôt chers lecteurs !

Le fantôme

Il descend dans les sous-sols d’une cathédrale, le niveau est constitué d’une petite étendue bossuée d’herbe grasse, ceinte par des murs de terres sauf d’un côté où un muret de pierre donne sur un précipice sans fond dans lequel on ne peut pas sauter. Au centre un petit pont relie les deux versants d’une minuscule « vallée». Ambiance Mario 64 si vous voyez ce que je veux dire. Il y a dans cette vallée un paquet de terre meuble récemment remuée. Il a l’impression que le seul moyen de poursuivre son aventure est de creuser pour accéder au niveau suivant, le niveau inférieur. Il s’énerve de la présence à l’entrée du pont d’un jardinier à la mine défaite qui a manifestement jeté sa pelle quelques mètres plus loin, de découragement. Il dit ou lui dit : « ça ne devrait pas être à nous de creuser ». La perspective de creuser le terrifie, mais il est convaincu que c’est un passage obligé. Il craint ce qu’il pourrait y trouver en creusant, ou plutôt ce qu’il n’y trouverait pas et qui devrait y être, c’est-à-dire un cadavre, un cadavre mal enterré devenu fantôme errant, qui le tourmente. Des gens remontent au rez-de-chaussée de la cathédrale, ils lui disent d’en faire autant, qu’il n’y rien à attendre de bon de cet endroit : un couple, un homme vieillissant, même une petite vieille, qui lui dit « jump, jump !! » comme pour lui dire de remonter, de s’élever, ou de tasser la terre, de reboucher le trou. Mais ces conseils qu’il sait bienveillants le terrifient, il se retrouve dans ce niveau accueillant, étouffant et inquiétant à la fois, sachant qu’il doit en partir, mais ne pouvant le faire. Il se résigne à attendre sur le muret de pierre, il croise le regard furieux d’une de ses connaissances, visiblement dans la même impasse que lui. Une connaissance elle aussi victime d’un fantôme dont elle ignore tout.

Du phénomène des flux et de leur parallèle

L’aile droite rejoint l’aile gauche de l’âme, leur point de jonction est situé entre les yeux. Bientôt, leurs efforts concertés permettront à l’âme de voler. La région interoculaire frémit, sursaute, tremble, le frottement des parties droite et gauche qui cherchent à s’imbriquer.

Ces forces en question, ces remous, nous les appelons les « flux », car ils se font sentir plusieurs fois aux mêmes endroits, nous font l’impression d’un cycle interminable de progression-régression, conquête-désertion d’un endroit. Mais en fait ils élargissent et consolident les liens entre les différentes parties, pour faciliter leur communication et permettre à toutes les parties de fonctionner ensemble.

Les flux sont la sensation et l’expression physiques d’une évolution, le signe d’une lente renaissance psychologique.

Mais si les flux ne sont que le signe d’une telle « renaissance », quelle en est le moteur ?

A la manière des flux, qui sont des fluides qui cherchent à créer et à infiltrer des brèches dans les zones desséchées du cerveau pour les intégrer au fonctionnement cérébral global, l’investigation consciente de son histoire à la recherche de souvenirs, de sens, de cohérence, permet au sujet de construire l’unité de sa personnalité.

Cette tâche met certes longtemps à être achevée, et ne l’est même jamais tout à fait, mais la contourner ou la sauter revient à maintenir la décomposition, le déchirement de l’être.

Les aventures de Guillaume l'Intrépide ou Baruch Spinoza l'Intouchable

« L’éthique » était posée sur une étagère. Ils avaient l’impression qu’elle y trônait. La rumeur avait répandu le bruit que c’était un livre illisible et dangereux pour le commun des mortels. Un jour, Guillaume, surnommé l’Intrépide, provoqua le livre en duel. Les autres, stupéfaits de son audace, qu’ils prirent pour de l’insolence, tentèrent de l’en dissuader : « Arrête Guillaume, le livre va te briser ! ». Mais Guillaume, l’Inconséquent, l’Imprévoyant, ne voulait rien entendre, il ne croyait pas à la rumeur. Il se jeta sur le livre et commença à le terrasser comme on terrasse un livre, c’est-à-dire lettre par lettre, mot par mot, phrase par phrase !!! Les autres étaient effrayés et cois devant ce miroir tendu à leur propre couardise face à l’Ennemi. Le premier paragraphe fut réduit à l’état de souvenir par Guillaume, le lecteur fou. Ses victoires se comptaient maintenant en pages, en chapitres, en parties, il s’approchait de la fatidique conclusion à l’issue de laquelle il aurait triomphé. Ses yeux scrutaient, balayaient de gauche à droite, descendaient d’un cran à la fin de chaque ligne et recommençaient l’opération en haut de la page suivante !!! Ses mains tournaient frénétiquement les pages dont les numéros augmentaient à mesure que la quantité de pages restantes décroissait. Il était tellement confiant qu’il avait jeté son marque-page, il en finirait cette fois-ci. Le pathétique livre était plié sous la poigne d’acier de l’Intrépide, sa couverture se lézardait par endroit, notamment sa tranche, fissurée sur toute sa longueur. Les angles extérieurs supérieurs et inférieurs de ses pages, jadis effilés et tranchants, étaient écornés, rendus inoffensifs. L’odeur du livre se diffusait au dehors, la poussière suspendue dans l’air imprégnait le papier autrefois immaculé. Le livre était en piteux état, nul ne voyait comment il pourrait échapper à son sort tragique. Soudain, une immense main, celle de Dieu, fendit le ciel, s’abattit sur le livre, et l’arracha aux mains de Guillaume, sauvant le tas de papelard d’une défaite assurée. Guillaume et la foule l’entourant était incrédules. A ce moment un ange descendit du ciel pour transmettre aux mortels les raisons de ce geste, de cette intervention divine. L’ange se figea juste au dessus des hommes, et au nom du Tout-Puissant il parla : « Guillaume, il ne sert à rien de défier le livre, moi, ton Seigneur, j’ai jugé que vous encouriez, chevalier Guillaume, des risques trop grands au contact de ce livre, je vous sauve, en bienfaiteur, d’un immense péril, car la le piège réside dans la maléfique table des matières située à la toute-fin. ». Guillaume, furieux de cette ingérence divine, furieux qu’on l’ait empêché de prouver sa valeur sur le champ de bataille de « la table des matières », poussa un cri du fond de ses profondes cavités pulmonaires : « NNNNOOOOONNNNNN !!!!!!!!! ». La main de Dieu reparut dans le ciel et se crispa dans un doigt d’honneur dirigé vers Guillaume, l’ongle du doit pivota sur base pour laisser passer un éclair qui foudroya sa cible instantanément. Ainsi mourut Guillaume, sacrifié par Dieu lui-même sur l’autel de la fébrilité des hommes à l’approche du livre.

Cette histoire a pour vocation d’expliquer que seul Dieu peut vraiment nous empêcher, s’il le souhaite, de lire « L’éthique » de Baruch Spinoza.

Chronique du film "Le Limier"

(Ce texte est une de mes publications dans un groupe facebook, le voici dans sa version intégrale originelle !)

Hedhili, tu demandes un nouveau débat. Bilel nous dit qu'un débat dure une semaine, donc que celui sur Babel, en plus de s'être essoufflé, a expiré. Peut-être que le faible nombre de participants était en partie dû à un sujet perçu comme anachronique, en tout cas insuffisamment fédérateur.

A tous les membres du groupe Lilith, levez-vous, prenez la parole et exprimez votre rage !!! Bilel, Hedhili et moi avions émis l'idée de publier une chronique, d'un film, notamment pour vous donner envie de le voir si ce n'est pas déjà fait, et pour en discuter. C'est dans cette perspective que nous avons visionné "Le limier" (est-ce bien le titre bilel ou hedhili ?).

Ce film est dérangeant, glauque, malsain, étouffant psychologiquement pour le spectateur. Un homme, jeune et pauvre, va voir dans sa belle propriété le vieux et riche mari de la très jolie femme qu'il baise, avec comme prétendue raison de le convaincre d'accélérer la démarche du divorce. En fait pour le narguer. On ne voit jamais la femme, le film est un huis clos avec le mari et l'amant, la trame est psychologique. Au début, on se dit que c'est bavard, un peu trop, mais la tension va crescendo et devient vite palpable. Un match de tennis en trois sets se déroule entre les deux hommes (métaphore utilisée dans le film), mais qui gagnera le troisième, le set décisif ? On devine très vite que l'enjeu de l'affrontement entre eux dépasse largement la femme qui n'est qu'un prétexte. La rivalité est paroxystique, seul un des deux peut vivre. Il y a plusieurs symboles marquants dans le film, un plan récurrent, jamais tout à fait le même, avec les voitures des personnages sur le parking de la propriété, qui annonce l'acte à venir et ce qui va s'y jouer, le dernier plan laisse une bonne place à l'interprétation. Il y a l'alcool, vodka ou whisky, qui boit quoi, qui sert l'autre ? Et d'autres symboles encore, de domination masculine.

Pourquoi le mari et l'amant sont si jusqu'au-boutistes dans leurs intentions et dans leurs actes ? Selon moi, une phrase en apparence anodine, vers le milieu du film, le dit en un éclair. En gros, le mari dit à un étrange et inquiétant détective, à propos d'une fenêtre dont il prétend qu'elle fut cassée lors d'une tempête par une branche volante qui est repartie après son méfait, qu'il est victime de l'acharnement insensé de Dieu, Dieu même qui se permet de faire n'importe quoi puisqu'étant le père de tous, il n'a pas de père lui-même et peut tout se permettre. Le mari dit cela au détective après avoir gagné le "premier set" contre l'amant de sa femme et à propos d'une fenêtre en fait cassée par l'amant. Donc il convient dans cette phrase énigmatique de remplacer Dieu par l'amant. Selon moi, cette phrase signifie que le mari pense que l'amant s'est tapé sa femme juste pour l'atteindre indirectement, et qu'il a "éduqué" l'amant comme le ferait un « père », c'est-à-dire en le dressant, le soumettant, le dominant ; pour ne pas subir lui-même ce sort par la main de l'amant. En gros, devenir le père de l'amant-Dieu pour ne pas être écrasé par l'amant-Dieu.

Ce film traite donc pour moi des rapports père-fils quand le père est paranoïaque (Dieu est méchant ou il se tape ma femme pour me ridiculiser), mégalomane (je vais devenir le père de Dieu ou je vais lui apprendre à ce microbe comment on doit se comporter) et violent (je vais taper Dieu ou...vous verrez dans le film) ; et quand le fils rentre dans le jeu pervers de son père malgré lui, sans s'en rendre compte, par manque de recul sur ce qui lui arrive. Il oscille alors entre la soumission, l'admiration, le mimétisme, les tentatives de séduction, la rébellion. Bref, il essaie tant bien que mal de se faire respecter, plutôt mal que bien, car il lui manque l'autonomie mentale de se dire que ce "match" ne vaut pas la peine d'être disputé, remporté, qu'il faut jouer à un autre jeu, un autre jeu que ce jeu pervers, que cette "partie de tennis". La morale de cette histoire est qu'il faut arrêter de jouer au tennis !

J'espère ne pas en avoir trop dit sur l'histoire si vous avez envie de le voir, n'hésitez pas à réagir !!!

Ulysse le maléfique